Si la vidéo ne démarre pas , vous pouvez essayer ce lien.
Qu’est-ce qui lie la paire de jeans de marque internationale que vous portez peut-être et Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques? C’est l’entreprise de zone franche CODEVI.
Dans cette usine haïtienne située le long de la frontière dominicaine, Georges Macès coud des ourlets de pantalons vendus ensuite à l’étranger pour des grandes marques internationales comme Levi’s. Pour 15 € par semaine, à peine de quoi survivre, lui et sa famille.
Militant actif du syndicat local SOKOWA, George revendique en priorité un salaire plus digne.
« A peine de quoi survivre »
«Quand je suis arrivé, on m’a seulement donné un formulaire à remplir. Je n’ai fait que signer en ne sachant même pas ce qui était écrit.» Georges Macès se rend vite compte que les conditions de travail à l’entreprise de zone franche Compagnie de Développement Industriel (CODEVI) ne correspondent pas à ce qui était convenu.
Dans cette usine située à Ouanaminthe, le long de la frontière dominicaine, l’ouvrier haïtien confectionne depuis près de deux ans des jeans vendus à l’étranger sous des marques prestigieuses telles que Levi’s ou Wrangler. Une seconde unité de production appartenant à la même société fabrique elle des T-shirts notamment pour Sara Lee.
Théoriquement, si Georges parvenait à coudre 1.180 ourlets de pantalons chaque jour, il pourrait toucher jusqu'à 1.300 gourdes par semaine (25,54 €). Mais ce quota de production, il n’arrive jamais à l’atteindre et doit plutôt se contenter de ses 750 gourdes hebdomadaires (14,86 €). Plus que le salaire minimum légal prévu par la Constitution haïtienne (70 gourdes/jour) mais « juste bon pour survivre », peste Georges. « Bien que je gagne un peu plus qu’avant, c’est encore nettement insuffisant. La vie est de plus en plus chère. » Faute de moyens financiers pour déménager, Georges, 32 ans, son épouse et leur petite fille resteront dans leur maisonnette qui prend l’eau dès qu’en temps de pluies la rivière tout proche sort de son lit.
Que le salaire soit augmenté et que les heures supplémentaires obligatoires soient rémunérées. C’est ce qui a motivé Georges et d’autres travailleurs de la zone franche à former un syndicat local baptisé Sendika Ouvriye Kodevi Wanament (SOKOWA). Mal leur en a pris. « Chaque fois qu’un des travailleurs avait des difficultés, nous nous présentions au bureau pour le défendre. C’est pourquoi la direction a établi une liste des membres du syndicat et a licencié la majorité d’entre nous. » A cette époque, pour Georges, le doute n’est pas permis: les patrons de CODEVI ne veulent pas d’un syndicat dans l’usine. Dès le début de l’année 2004, le ton se durcit. « C’étaient les militaires dominicains qui étaient employés comme agents de sécurité à l’intérieur de la zone franche. Au moindre prétexte, ils intervenaient. Plusieurs fois des ouvriers ont été battus. » Au lendemain d’une grève largement suivie par les ouvriers, pas moins de 350 d’entre eux sont licenciés. Fâcheux hasard du calendrier ou représailles anti-syndicales délibérées? Pour justifier ensuite le lock-out qu’elle impose, la direction invoque les actes de violence au sein de l’usine.
Il faudra ensuite des mois d’âpre mobilisation locale et de forte pression internationale pour faire plier le Grupo M, géant dominicain de l’habillement gérant l’entreprise CODEVI. Mais, en février 2005, un protocole d’accord est conclu. La majorité des travailleurs révoqués sont progressivement remis au travail, SOKOWA reconnu comme interlocuteur légitime et un comité paritaire mis sur pied. A l’intérieur des usines de jeans et de T-shirts, les quelque 1.300 travailleurs et travailleuses haïtiens de CODEVI sont dorénavant mieux traitées. « Il y a plus de respect à notre égard », reconnaît Georges. « Nous avons aussi une ligne de communication avec la direction qui, avant, refusait de nous parler. » Cependant les membres du syndicat engagés dans un processus de négociation collective ne s’endorment pas sur leurs lauriers. Chaque dimanche après-midi, une vingtaine de membres du syndicat haïtien se réunissent car, en dépit des avancées, plusieurs problèmes persistent : des payes trop maigres, de l’eau insalubre et un environnement de travail torride.
Et si d’autres entreprises de confection textile venaient à s’installer dans la zone franche de Ouanaminthe ? « Pour l’emploi, ce serait sans doute mieux », admet Georges. « Mais, avec des salaires si bas, c’est toujours la même situation de misère qui prévaudra en Haïti. »